Malsain

Photos Japh Ramblings
Rame de métro. Minuit et demi. Il a l'air malsain. Un pervers qui regarde une femme innocente à l'allure moyenne, à la coiffure peu apprêtée, aux vêtements communs. Il tourne sa tête, juste la tête. La fixe. Elle impassible, fixe un horizon fictif. De façon animale, elle réalise que quelqu'un la regarde. Elle tourne la tête, et l'instant d'une seconde à peine son regard marque l'effroi d'une telle situation. Isolée dans une rame pourtant peuplée, elle retourne aussitôt à son horizon. Disparu. Elle le retrouve là, par la fenêtre, dans la pénombre du tunnel urbain. Le prédateur retourne à sa position initiale, les yeux mi-clos, et esquisse un sourire de satisfaction : la proie réagit comme prévu, comme n'importe quelle autre. Comme celle qu'il avait possédée 3 heures auparavant, celle dont la sonnerie de portable simulait des cris d'oiseaux, celle dont les cheveux étaient figés dans un chignon imparfait mais esthétique. Elle le désire aussi, tout autant. A lui de lui faire comprendre. Il saura comment faire. Il sait "bien y faire avec ce genre-là" pense-t-il. Les stations défilent, elle ne descend pas. "c'est un signe" se dit-il. Il défait sa veste de survêtement Sergio Tacchini. Un T-shirt noir près du corps laisse découvrir la peau ferme des gens de son âge, le teint bronzé que l'on devine d'habitude clair. Il joue avec les muscles de son bras, faisant rouler les biceps sous la force lente de ses doigts. Elle croise les jambes, serre son sac Longchamp. Sa station, elle se lève. Il se lève. Il est minuit quarante. Dans une rame de métro.






