Camille et Pierre

Voilà quelques mois que Camille a fait la connaissance de Pierre. Il était dans un bar avec des amis. Pierre était en face, dans l'axe du regard, avec d'autres personnes. Coup d'oeil. Réponse. Bijection du regard. Camille se tourne vers Marie pour lui demander si elle sait qui est ce garçon, "là bas, mais si regarde, le brun aux cheveux courts avec la coupe pop qui va bien, le pull pop qui va bien, et les amis tendances qui vont bien". Marie connait. Il s'appelle Pierre. Camille fond. La perfection existe. Le jeu des regards continue.
Cela fait 3 semaines maintenant que Pierre et Camille se voient régulièrement, tous les deux, afin de mieux se connaître. Ils s'entendent bien, parlent musique des heures durant, évoquent parfois des sujets plus intimes comme le couple ou la nécessité de se donner les moyens d'être heureux en amour. D'oser. Camille ressent l'ambiguïté à chacun de leurs rendez-vous. Il ne sait pas quoi penser. Pierre lui a plu tout de suite, au premier regard. Il a senti la bonté en lui. La complexité aussi. Plaire à Pierre n'est pas chose facile. Non pas qu'il soit exigeant, ce que Camille ignore encore, mais plutôt qu'il ne laisse transparaître aucune émotion à part celle d'être heureux de connaître Camille. Ce qui n'aide pas beaucoup ce dernier. D'autant plus que Pierre est hétérosexuel. Peine perdue argumenterait Marie, si elle ne savait pas qu'en fait Pierre s'est découvert pédé il y a quelques mois de cela. Pour pimenter un peu la situation, il est en couple avec une jeune fille charmante, qui n'a rien demandé. Et qui pourtant va vivre dans les prochaines semaines la pire rupture de sa vie. Enfin si Pierre ose un jour prendre des risques.
Comment savoir alors s'il est toujours amoureux d'elle? Camille commence à désespérer, a l'impression de pédaler dans le vide, de vouloir forcer une histoire qui n'intéresse peut-être que lui. Les moments d'euphorie, où il voit Pierre, lui parle, le scrute parfois, laissent régulièrement la place aux moments de doute, d'angoisse, de déprime. Et ce ne serait qu'anecdotique si Camille n'était pas tombé sous le charme. Un charme aux allures de poison. Qui se propage à Vitesse majusculée, dépasse la limitation autorisée des autoroutes sanguines, contamine le coeur sans épargner le cerveau. Nuits blanches, humeur changeante, considérations shakespeariennes, Camille ne sait plus où donner de la plume.







