
Comme tous les matins il était parti soudainement, clefs à la main et à peine coiffé. Complètement à l'arrache cet humain. Où peut-il bien aller tous les matins, ébouriffé et toujours pressé? Bah de toute façon les humains sont beaucoup trop agités pour moi. Ayant fait office de compagnon du matin - je suis plein d'empathie envers la personne, humain ou chat, qui doit se lever avant midi - je vais laper un coup et croquetter. Ensuite m'allonger sur le lit défait, bercée par le bruit des enfants au loin, qui jouent dans la cour d'école. C'est un concept que je n'ai pas compris : école. N'apprend-on pas de ce que l'on vit, de ses erreurs? Ne pas sauter trop loin, ne pas manger trop ni trop vite, garder ses distances avec le frigo, ne pas faire ses ongles sur le mobilier mais sur le machin prévu à cet effet, etc... Mais apparemment les humains ont besoin d'apprendre la théorie avant la pratique. Sans doute que leur cerveau est moins efficient que le notre...
Un peu de toilette, et là, en retournant sur le lit, je vois ces rideaux qui me provoquent encore. Cette fois c'en est trop. Ils vont morfler, je le jure sur mon pédigree !
Ni une ni deux, je me mets en position d'attaque. Tel le félin le plus féroce de la savane, je me cache derrière une pile de vêtements, la tête au sol les fesses en l'air, prête à bondir. J'étudie le moindre de leurs mouvements : un coup à droite, puis à gauche. Ils gonflent le ventre. Je vais les prendre par surprise, ils ont l'air désorientés. Je bondis tellement rapidement qu'ils n'ont pas le temps de réagir ! Je sors mes ongles et là : scrrreeeeetch ! Blessés, les rideaux la ramènent moins,et surtout j'ai fait mon sport pour la journée !
J'ai bien fait d'y aller mollo sur les croquettes ces derniers temps. Non seulement je serai une bombasse mais en plus j'aurai le coup de patte agile cet été. De quoi remettre à leur place les matous mateurs. Parce que chez les humains, la drague est plutôt tranquille, amusante. Mais chez nous c'est un peu moins drôle. Il faut être belle pour attirer le regard des minets mais suffisamment forte pour dissuader les matous. Pas évident quand les mâles ne comprennent que le langage de la patte. J'arrête de me faire des bouffées de chaleur sinon je vais encore perdre mes poils... Et ça va être à Camille de tout ramasser derrière moi. Le pauvre, je crois qu'en ce moment il tient pas la grande forme. Il est fragile comme un humain il faut dire. Mais je ne m'inquiète pas pour lui. Tant que je serai là pour lui prodiguer mes câlins, il saura reprendre le dessus. Trop sentimentaux, ces bipèdes...